
Sur le plan discographique, c'est en 1992 que le travail de Lévon Minassian prend de la dimension, puisque, sollicité par Peter Gabriel (fondateur du groupe Genesis), il se retrouve impliqué dans les albums et le "Secret World Live Tour" du patron du label Realworld. Un coup de projecteur qui va faire de lui un doudoukiste très prisé par de grands noms de la variétés (d'Aznavour à Hélène Ségara) ou des personnalités de la World Music (Sting, I Muvrini, Simon Emerson, Manu Katché etc.). Parallèlement, Lévon Minassian entreprend un travail plus personnel avec le compositeur de danses et musiques de cinéma, Armand Amar, remarqué depuis pour ses B.O. de films (Amen, Le couperet, La terre vue du ciel, Va, vis et devient, Indigènes...). C'est avec lui, qu'en 1997, il grave un premier album, Lévon Minassian and friends, conçu à partir de thèmes et mélodies traditionnelles profanes ou sacrées, dans lequel le doudouk dynamise son langage à la rencontre d'autres instruments de la planètes, du violon indien à l'oud. Fruit de trois ans de travail du tandem, son nouvel opus, Songs from a world apart, qui vient de paraître, poursuit plus avant l'ambition de donner au doudouk un nouveau statut d'instrument soliste et un espace musical hors du contexte traditionnel. | 
Les deux complices s'employant à inventer un univers s'inspirant moins d'une forme que de l'atmosphère d'une poésie pour imaginer des arrangements, choisir des timbres, qui révèlent de nouvelles couleurs au doudouk. Ce travail de reformulation aboutissant à une écriture pour instruments invités (nickelharpa, viole d'amour, kamanche, oud, tambour) et grande formation, en l'occurence le Bulgarian Symphony Orchestra. De fait, prenant distance avec le doudouk joué "à l'orientale", Lévon Minassian l'a allégé, rendu plus fluide, lui a inventé des rondeurs, sans rien lui faire perdre de ce pouvoir d'évocation qui lui fait dire "qu'il est de souffrance". Ce travail d'émancipation dont un peut juger la portée à travers des phrasés inédits, le public pourra en juger avec ce récital exceptionnel pour lequel, Lévon Minassian a souhaité être soutenu par deux doudoukistes arrivant d'Arménie, Arthur Ghasabian (deuxième voix) et Armen Ghazarian (au bourdon). Le répertoire faisant la part belle à deux superbes voix, Roselyne Minassian, voix majeure du chant arménien féminin, et celle d'Hamlet Gervorgian, "numéro 1" du chant traditionnel à Erevan, dont la connaissance des pièces des achoughs et goussans (troubadours et poêtesdont l'apogée renvoie au XVIIIè siècle) est impressionnante. | Tourné dans une pièce d'abricotier, le doudouk est un hautbois ancestral percé de 9 trous. Une anche double longue et large, en roseau, s'emboîte dans une de ses extrémités. Elle est enserrée d'une bague qui, en modifiant son ouverture, permet d'accorder l'instrument. Traditionnellement, deux doudouks jouent ensemble, l'un interprétant la mélodie et l'autre le bourdon, une note continue appelée dam.Franck Tenaille |
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